Il serait préférable de s’adapter réellement aux besoins du pays
Aujourd’hui, le numerus clausus connaît une augmentation progressive, mais il nous semble que, plutôt qu’un incessant « yoyo », il serait préférable de s’adapter réellement aux besoins du pays. C’est pourquoi l’UDF préconise pour sa part un numerus clausus régional. Il s’agirait d’évaluer les besoins par spécialité et par région pour les dix années à venir et que sur la base de cette prévision soit établi le numerus clausus et le nombre de poste ouvert au concours de l’internat par région et par spécialité."
JIM : Pour des impératifs de santé publique (et notamment l’amélioration du dépistage de certains cancers) envisagez-vous une libéralisation de l’accès direct aux médecins spécialistes ?
Jean-Luc Préel : "Nous pensons qu’il est d’abord nécessaire de renforcer le rôle du médecin de famille. Nous proposons notamment de mettre en place une consultation annuelle approfondie, réalisée par le médecin de famille. Cette visite, nécessairement longue, d’environ une heure, doit permettre au médecin d’avoir le temps d’interroger son patient sur son mode de vie, son alimentation ou encore sa pratique du sport.
Un accès direct à certains spécialistes devrait certainement être aménagé
A côté de cet entretien, un examen complet doit être réalisé, afin par exemple de dépister éventuellement un cancer du rectum ou un cancer de la prostate. Au-delà de cette consultation annuelle, un accès direct à certains spécialistes devrait certainement être aménagé, notamment en ce qui concerne les dermatologues, les ophtalmologistes et aussi éventuellement les gastro-entérologues. Mais ces consultations en direct devraient être l’objet d’un compte-rendu détaillé au médecin traitant."
JIM : Quelles sont vos propositions quant à la revalorisation de la profession d’infirmière ?
Jean-Luc Préel : "Je tiens tout d’abord à rappeler que j’ai été le premier, pour l’UDF, à déposer une loi en faveur de la création d’un Ordre infirmier, qui a été rejetée par l’UMP… avant qu’elle ne présente un projet de loi très proche. La conséquence de ces revirements est très dommageable : les retards pris dans la publication des décrets ne permettent pas de penser qu’ils entreront en vigueur avant l’élection présidentielle.
Il faut reconnaître la formation des infirmières à un niveau bac + 3
En ce qui concerne plus précisément la revalorisation de la profession d’infirmière, nos propositions sont multiples. Nous pensons d’abord qu’il faut reconnaître la formation des infirmières à un niveau bac + 3 et l’intégrer dès aujourd’hui dans le système LMD. Des passerelles vers les autres professions de santé devraient être également aménagés. Pour ce qui est des transferts de tâches, nous préconisons, par exemple, la mise en place d’infirmières cliniciennes qui pourraient avoir un rôle dans la surveillance des maladies chroniques, telle que l’asthme, le diabète ou l’obésité. Il s’agit notamment d’offrir aux infirmières de plus grandes perspectives d’évolution de carrière. Ces possibilités d’amélioration doivent être mises en place, bien sûr, en accord avec les professionnels de santé."
JIM : Envisagez-vous de mettre en place un programme de lutte contre les méfaits de l’alcoolisme comparable à celui mis en œuvre contre le tabac ?
Jean-Luc Préel : "En tant que médecin, je pense que c’est indispensable. Dans cette perspective, il apparaît que la loi de santé publique a échoué et n’a pas répondu aux problèmes. La définition de 100 priorités n’a en effet pas permis de définir une action réellement prioritaire. Il serait sans doute plus efficace de déterminer trois ou quatre sujets qui devront être l’objet de tous les efforts, pendant plusieurs années. Dans cette optique, il faudra doute se concentrer sur la prévention de la mortalité prématurée évitable. Or, l’une des premières causes de mortalité prématurée évitable, est évidemment l’alcoolisme."
JIM : Quelle est votre position en matière de recherche sur les cellules souches embryonnaires ?
Jean-Luc Préel : "Il s’agit d’un problème un peu personnel. Je préfère donc vous donner ma position sur ce point, sans préjuger de celle de François Bayrou. Il me semble aujourd’hui plus opportun de développer les nombreuses autres pistes de recherches sur les cellules souches. Il n’y a ainsi aujourd’hui aucun problème en ce qui concerne le développement de la recherche sur les cellules souches adultes. Les cellules présentes dans le sang de cordon et éventuellement celles détectées dans le liquide amniotique suscitent également d’importants espoirs. Il pourrait également être utile de profiter des produits des IVG ce dont personne ne parle. Bien sûr, si des médicaments contre la maladie de Parkinson ou d’autres pathologies devaient être conçus grâce au clonage ou à d’autres techniques, ces questions d’éthiques resteraient à poser."
JIM : Pour finir, quelle différence par rapport aux autres candidats en situation d’être élu, François Bayrou souhaite-t-il mettre en avant vis-à-vis des professionnels de santé ?
Jean-Luc Préel : "Je voudrais d’abord insister sur le fait que l’UDF a envoyé l’année dernière un questionnaire à tous les médecins et l’été dernier à tous les pharmaciens afin de les écouter et de connaître leur opinion sur le système actuel. Il s’agit d’une vraie démarche pour prendre en compte leurs demandes et leur apporter de vraies réponses.
Une véritable régionalisation du système de santé
Au-delà de ce travail essentiel d’écoute, nous souhaitons mettre en avant une véritable régionalisation du système de santé et revenir sur les séparations absurdes qui existent aujourd’hui entre la prévention et le soin, la ville et l’hôpital, le sanitaire et le médico-social. Nous souhaitons privilégier une politique de santé de proximité, qui puisse prendre en compte les besoins. Et dans cette perspective, il nous semble essentiel d’associer les professionnels de santé en amont dans les décisions et en aval dans la gestion pour aboutir à une vraie maîtrise médicalisée des dépenses de santé."
Entretien réalisé par Aurélie Haroche